vendredi 8 avril 2016

LA « CLOCHARDE »

Je n'oublierai jamais cette rencontre qui a vraiment eu lieu
et que je retrace ici telle que je l'ai vécue le soir d'un...

Avatar Avent

 

Un 24 décembre, il allait faire nuit. 
Les lumières de la ville venaient de s’allumer.

« Elle » était postée là, en haut de l’escalier, 
A l'entrée du parking où je m'étais garée
Afin de retirer à un distributeur 
Les billets nécessaires à l’achat de mes fleurs. 

En arrivant près d’elle, je cherche dans ma poche 
Un reste de monnaie qui viendra s’ajouter 
Au tout petit pécule qu’elle a dû récolter.

 J’ai brusquement senti la honte m’envahir 
Et la modeste obole que je voulais lui tendre 
S’est transformée soudain en un baiser très tendre.

Je l'ai serrée très fort et nous avons pleuré,
Elle sur sa misère, et moi, d’être « nantie ».
Et c’est sur cette étreinte que je suis repartie.

- « Elle a dû être belle ! » me disais-je en chemin.
Je ne comprenais pas que la vie puisse un jour, 
A certains plus qu’à d’autres, jouer ce mauvais tour.

Je me suis arrêtée dans une épicerie,
Lui ai confectionné un beau panier garni
Afin que cette Nuit pour elle, soit plus Douce.

Je n’ai rien oublié, de l’entrée au dessert,
Avec de quoi pinter pas mal de « petits verres »
Capables de réchauffer, pour quelques temps, son corps.

Puis je suis revenue, elle était toujours là.
Nous avons bavardé, de ses joies, de ses peines,
De l’alcool qui s’est mis à couler dans ses veines.

Tristement, elle m’a dit qu’elle avait une fille
Quelque part dans le Nord, placée dans une famille
Et qu’elle ne verrait pas cette nuit de Noël.

Mais j'ai dû la laisser car on allait m’attendre.
Encore une embrassade qui aura bien surpris
Des passants étonnés, à l’air plus qu'ébahi.

Et c'est en repartant que je l'ai vu surgir
Ce grand gaillard crasseux qui s’est jeté sur elle
Afin de lui piquer sa petite escarcelle.

Je m'en souviens encore comme si c'était hier
Je l'entends lui crier quatre phrases ordurières
Que je traduis ici par des mots moins grossiers.

- « C’était quoi ce manège ? C'est qui cette gonzesse ?
Y a quoi dans ce carton ? J’ vais te botter les fesses ! »

Elle lui tend le paquet que je lui ai remis,
Et d’une voix craintive, tel un être soumis
Prononce lentement : - « Mais c’était ma marraine ! »

  Ai-je été à ses yeux la bonne fée d'un soir ?

 Baguette-magique-2

 Cette petite phrase résonne encore en moi
 Trente six années après une nuit de Noël.
 

Posté par LaNourse34 à 07:34 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


ALES - 20 Septembre 2014

Il est 5 heures, Alès s’éveille,
Il est cinq heures et je n'ai plus sommeil

Crue Gardon

 Et pour cause ! Quelques éclairs zèbrent encore le ciel, de gros coups de tonnerre se font entendre et la pluie quant à elle est encore là, toujours là, fine mais bien présente. 

De nature curieuse, je me décide à aller jeter un œil au Gardon, que j’entends gronder depuis la Grand Rue Jean Moulin. Il charrie des eaux impétueuses mais son niveau est moins haut que je ne le pensais puisque les arches du Pont-Vieux sont encore bien visibles.
- « Nous ne subirons pas de Gardonnade  pour cette fois ! » me dis-je, rassurée.

Je m’engage donc pédibus-jambus en direction du pont, sur la voie verte qui longe les berges. Je suis coutumière de cette petite ballade, que je faisais souvent depuis mon installation dans le quartier, du temps où j’allais promener Cachou, mon amour de petite chienne.

Dans le lit de la rivière, des formes à peine perceptibles, raides comme des piquets, que j'avais tout d'abord prises pour des jauges à mesurer la hauteur de l'eau, se meuvent soudain. Tiens ! Un fort battement d'ailes ! Un gros oiseau vient de prendre son envol, juste pour quelques secondes, pour s’immobiliser à nouveau sur une petite parcelle de berge encore hospitalière. Elle abrite  (et  là je le comprends enfin) une compagnie de hérons cendrés ainsi qu’une petite aigrette toute frêle, d’un blanc immaculé.

Totalement ignorante des cris qui caractérisent cette gente ailée, j'ose afin de m’amuser un peu, deux ou trois « coin-coin » nasillards. Quelques gloussements se font entendre suivis d'un véritable concert d’autres coin-coin … Je savais bien que ces plaisants palmidèdes faisaient partie de la faune du Gardon mais je ne m’attendais vraiment pas à ce qu'ils  daignent me répondre.
Je dois me
 rendre à l’évidence … Je sais parler « canard » !

 

Je continue ma promenade … Me voici à présent rendue sur le Pont-Vieux. Une forme grisâtre détale ventre à terre au beau milieu de la route.
« Sans doute un chaton effrayé ! », pensai-je.
Eh bien non ! C’est un beau gros rat qui s’agite et qui finalement opte pour un plongeon salvateur.    
Mais assez ri.

Totalement absorbée par mes découvertes animalières, je n'avais pas encore prêté attention aux « tchop-tchop » émis par les pales des hélicoptères tournoyant dans le ciel d’Alès encore endormie.
Je comprends soudain que quelque chose de sérieux se joue, mais quoi ? Le gardon n’a pas débordé, y aurait-il eu un grave accident, un meurtre avec recherche de fugitifs ? Que sais-je encore !
Longtemps je scrute le ciel afin de situer dans quel coin sont effectuées les recherches , mais à 6 heures, j’abandonne … 
De toute façon les hélicos ont cessé leur ronde et une petite faim me rappelle à l'ordre - je n'ai encore rien avalé ce matin.
Je mets fin à mes 45 minutes de promenade matinale et c'est en petit-déjeunant que les infos de 7 heures m'apprennent la nouvelle.

Tandis qu’une partie de la ville dormait paisiblement près du Gardon comme tel était mon cas, d’autres Alésiens vivaient une véritable nuit de cauchemar en voyant, impuissants, les eaux de ruisseaux en folie - le Grabieux et le Bruèges, monter inéxorablement et submerger leurs quartiers au nord de la ville.
                                  Inondations du 20 septembre 2014 à Alès : 140 à 200 mm d’eau se sont abattus en moins de 6h

 Gardonnade : ................. Terme employé pour désigner les énormes crues du Gardon, souvent dévastatrices.

Episode cévenol ... Phénomène météorologique qui intervient principalement en septembre et octobre dans les Cévennes et ses environs. Il s'agit d'orages très violents et fortement localisés, qui s'accompagnent de pluies diluviennes, entraînant dans la majeure partie des cas, des inondations.

 

Texte extrait des " Potins de ... FAM "

Posté par LaNourse34 à 17:59 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

LE PIRE DE MES SOUVENIRS D'ENFANCE

     Depuis quelques semaines me trotte dans la tête
L'envie de raconter « les choses de Ma vie ». 


Je commencerai donc en parlant tout d’abord
D’un sacré beau navire, mené par des parents
Qui auront tout donné, à nous, leurs cinq enfants 
Après que le sixième ait dû quitter le bord.

1  

Il était condamné, déjà à sa naissance,
A être différent… C’était alors l’époque

Qui rappelait sans cesse que cette différence
Le rendrait incurable, faisant de lui ... une loque.

« Trisomie 21 »  Vous parlez d’un jargon !
Lorsque après cinq  filles, toutes bien constituées,

La famille applaudit l’arrivée d’un garçon, 
Comment imaginer qu'il naisse « raté » ? 

3 

La joie était immense mais hélas, dans la chambre
Où vivait mon grand-père, la joie n'y était pas.
Lui seul avait compris, et ce depuis septembre, *
Que notre petit frère ne nous ressemblait pas

 

- « Il ne pleure jamais ! » disait-il à ma mère.
- « Ton fils n’est pas normal ! » Comme il avait raison !
Il avait bien senti qu'au sein de la maison
Il se passait des choses qui ne lui plaisaient guère. 

6 

Puis il s’en est allé, peut-être au Paradis,
Laissant un petit être - c’est le cas - sans défenses,
Ainsi qu’une famille plongée dans la souffrance
Après qu’elle eût compris ce qu’est la leucémie.

Eh oui, la leucémie … Maladie incurable
Qui s’abattait encore, avec acharnement,
Sur un être qu’on pensait dénué de jugement 
Alors que de nos jours ils sont tous adorables. 

2

Chaleureux, autonomes et si plein de tendresse,
Un cœur « gros comme ça », tout débordant d’amour !
Comment ne pas craquer lorsque, dans une caresse,
Ils soufflent à votre oreille : « Je t’aimerai toujours ! »
( Vu à ce sujet un documentaire très émouvant )

5

Maman n’acceptait pas ce mauvais coup du sort,
Et priait chaque jour que la Vierge lui reprenne
Cet enfant anormal dont elle voulait la mort,
Ou ôterait sa vie et supprimerait la sienne.

 Mais il s’est « envolé » une nuit de janvier
Epargnant à Maman un acte inconcevable
Que personne n’aurait pu juger pardonnable.

Il est parti sans bruit, pour ne pas déranger.

7 

1950 - Je parle ici d’une époque bien différente de la nôtre à tout point de vue, tant par les mœurs que par les pouvoirs de la médecine. On pensait qu’après avoir dépassé 40 ans, une femme risquait de mettre au monde un enfant anormal et la leucémie ne se soignait pas encore. 
Plus de 60 ans se sont écoulés depuis, mais ces événements sont restés bien ancrés dans la mémoire de la petite fille que j’étais alors.

Lorsque YVES est venu au monde, je venais d'avoir 6 ans.
* Il était né le 7 septembre 1950 -  Il nous a quittés le 4 janvier 1954.
Il avait 3 ans et 4 mois   et   j'avais  9 ans 1/2.

Posté par LaNourse34 à 18:32 - - Commentaires [0] - Permalien [#]